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lundi 31 octobre 2011

«Play»

J’avais une idée de chronique.

Dans un de mes cours, nous avons regardé des images sur la Première Guerre Mondiale : des morts, des vies supprimées, des jeunes de notre âge qui tombent sous les tirs, des bras en moins, des têtes pleines de rêves maintenant trouées et vidées de sang. Aucune émotion dans la classe, sauf lorsque l’on voit un pauvre cheval tombé au combat : ça, ça brise le coeur.

Des milliers de jeunes morts… Mais encore?
C’est du déjà-vu.
C’est en noir et blanc, c’est ennuyant.
J’ai faim.

J’exagère à peine.

Ça m’avait révolté; j’avais mon idée de chronique. Je m’en venais tous vous traiter d’animaux, de sales cœurs de pierre. Je m’en venais vous engueuler, vous mettre à la gueule que vous vous foutez de la mort des vôtres, que vous pensez juste à vous, que vous êtes inhumains et pire que des bêtes.

Je ne l’ai pas fait, parce que ça me faisait de la peine.

Ça me faisait de la peine, parce que je suis comme vous.

J’aurais aimé être comme Céline Dion, me mettre à pleurer, m’effondrer, quitter la classe en hyperventilation, me taper un arrêt cardiaque. J’essayais de ressentir quelque chose, de me dire qu’ils avaient mon âge, bordel! Me dire qu’ils avaient tous des rêves, une famille, une petite copine, une vie qui commençait; une vie qu’on leur a obligé à échanger contre une mort rapide, inutile, anonyme. Mais je n’ai rien ressentie. À peine un moment de compassion, d’humanité. À peine.

Sauf quand le cheval est mort, là j’ai eu le cœur brisé.


Je me suis dégoûtée. C’était des humains; ils étaient moi. Il y avait assez de contenu dans ces images pour que je me mette à vomir partout, pour que je meure sur place, pour que mes pensées soient hantées à jamais. Et pourtant, dix minutes plus tard, je mangeais mon sous-marin, je riais d’une blague.


C’est facile de mettre le blâme sur la télévision, sur les médias qui nous présente les morts avec une telle froideur, sur le cinéma qui nous bombarde de cadavres fictifs. C’est vrai que c’est du déjà-vu, la mort de milliers de personnes. C’est vrai que l’on en voit tous les jours dans les films. C’est facile, mais c’est ça le problème : je crois que l’on arrive plus à séparer la fiction de la réalité.

Ce que j’ai vu dans cette classe, cette journée là, ce n’était pas un film, ce n’était pas de la fiction. Devant moi, j’avais de vrais humains avec des cœurs qui battaient quelques temps auparavant. C’était de vraies vies qui s’éteignaient devant mes yeux.

Ce n’est pas que nous avons un cœur de pierre. C’est que nous ne le réalisons pas.

Comment le réaliser? C’était présenté comme on aurait présenté King Kong: lumière tamisée, écran géant, le bouton «Play».           

On pèse sur «Play» et on voit King-Kong tuer des milliers de comédiens.      
On pèse sur «Play» et on voit de vrais soldats de 18 ans mourir devant nos yeux.      

Comment le réaliser?   
On pleure lorsque Jack coule dans l’eau glacée. On pleure lorsque le papa du Roi Lion disparaît dans le gouffre. On pleure presque devant une publicité de McDonald. On plisse les yeux devant 20 millions de morts.

Le bon côté, c’est que je ne suis pas revenue avec des séquelles de guerre de ce cours, aucun traumatisme par la suite, aucune insomnie, ni le besoin de consulter. Mais je suis plutôt sortie de ce cours avec une question : est-ce pertinent de présenter ce genre de films?    


Nous sommes visiblement incapables de séparer la fiction de la réalité.          
Et
je ne crois pas que ce soit bon pour notre peu de reste d’humanité de prendre la réalité pour de la fiction.  

Tout ce que je sais, c’est que je n’ai pas envie de rencontrer l’époque où écraser un moustique sera rendu aussi banal que la mort d’un être humain.     



lundi 17 octobre 2011

La fierté des perroquets

Qu’est-ce que l'on sait des perroquets? On dit qu’ils sont intelligents.

Vraiment? Intelligents?

Il me semble que tout ce que nous les avons vus faire, c’est répéter, imiter. Pouvons-nous vraiment leur attribuer une intelligence alors qu’ils ne savent que reproduire ce qu’ils ont vu et entendu? Les copieurs sont-ils intelligents?

Moi je trouve qu’ils ont plutôt l’air cons, les perroquets : tu leur dit hello et ils répondent hello, tu siffles et, comme par surprise, ils sifflent. Un perroquet, c’est saoulant, et ça manque gravement d’originalité. Ils devraient développer leurs propres idées parfois, parce que ça fait pitié des êtres sans personnalité.

Oui, on fait pitié.

Nous ne devrions pas êtres fiers d’être des perroquets.
  

Hier soir, j’étais assise dans mon salon et j’écoutais, toute relaxante, la télévision. Soudain, un spectacle de perroquets commence. Je vous jure, l’un des plus troublants spectacles de perroquets que j’ai eu la chance de voir dans ma vie: The Price Is Right, version québécoise. C’était frappant, c’était saoulant : fidèles à nous-mêmes, loyaux à notre manque flagrant de personnalité, nous avons imité de façon exemplaire la version américaine de The Price Is Right : aucune variante : les mêmes jeux, les mêmes prix, le même genre de petites perroquettes sexy qui présentent les mêmes prix ; même le titre de l’émission a été imité de façon irréprochable. Nous avons mis le paquet !


Nous, peuple-perroquet, sommes rendus très forts dans notre jeu d’imitation.

Nous sommes aussi rendus très mauvais dans le jeu d’affirmation de soi-même.

Nous nous faisons marché sur les pieds, mais ça ne semble pas nous déranger puisque, en fait, nous nous auto-tirons dans le pied. Je ne sais pas si c’est volontaire, je ne sais même pas si nous réalisons ce que nous faisons, si nous réalisons que le ¾ de nos divertissements sont des imitations, que c’est avec les fruits de d’autres cultures que nous cuisinons. Je ne sais pas si nous réalisons que, chez nous, les récoltes semblent épuisées et qu’il serait grand temps de ressemer nos propres graines   

Il faudrait peut-être que l'on arrête de nous faire croire que nous sommes intelligents, que l'on arrête de nous donner de petits biscuits-récompenses lorsque nous réussissons à répéter ce que le grand aigle américain ou d'autres oiseaux de proies font si bien.

La vérité, c’est que nous avons le cerveau vide et qu’il faut aller piger dans celui des autres pour donner l’impression qu’il est plein; c’est quand que l'on va finir par nous le dire, ça? C’est quand que nous allons arrêter d’être pâmé devant nos petits jeux d’imitation, que nous allons arrêter de nous applaudir et que nous allons finalement décider de s’affirmer, d'évoluer, et d’arrêter de régresser.

Parce que nous régressons, oui ! Au temps de Gaston Miron ou de Gilles Vigneault, nous n’étions pas des perroquets encore, nous n'avions rien de des imitateurs, nous avions nos idées, notre voix, notre voie.

Et aujourd’hui : Le Banquier, L’arbitre, Le mur, Job de bras, etc.

Et aujourd’hui, notre fierté, c’est d’être de bons perroquets. 

lundi 10 octobre 2011

De la courtoisie, ça ferait du bien!


Je revenais du cégep à vélo : l’heure du trafic. Mon sac était rempli de devoirs pesants, j’étais surplombée de nuages tout autant lourds et la pluie s’entêtait à vouloir les décharger depuis une bonne heure. J’avais le ventre creux, le reste du corps mouillé, et le paté-chinois de maman était à plusieurs kilomètres encore. Bref, un temps où, de la courtoisie, ça ferait du bien!           

Comme on nous dit de partager la route, mais que la route n’est pas toujours disposée de façon à être partagée, j’ai rencontré une drôle d’intersection où les lumières-piétonnes n’existaient pas et où il fallait compter sur la bonté des automobilistes pour réussir à traverser. Une drôle d’intersection que je n’ai plus trouvé drôle après cinq minutes stationnaires, d’imbibition, à gueuler  que, de la courtoisie, ça ferait crissement du bien.

J’avais emprunté un chemin réservé à ceux qui ne possède pas d’altruisme.

Il faut croire que je ne faisais pas assez pitié et on se plaisait bien à m’ignorer, je n’ai donc eu d’autres choix que de m’imposer sur cette route dont on ne voulait décidément pas m’offrir une part. J’ai coupé, non pas en sauvage, mais de façon réfléchie et sécuritaire, une belle auto de l’année. Le conducteur a ouvert sa fenêtre et m’a crié :
« AH! Allez, traverse, pauvre petite fille! Va manger ton paté-chinois. Ah! Je suis quelqu’un de courtois, ça me fait tant de bien, et à toi aussi. Ah! Comme la courtoisie fait du bien! »
Non, ce n’est pas ce qui s’est passé.   

Le conducteur m’a plutôt klaxonné.    

Et ça, ça me bog.        

Ce que je n'arrive vraiment pas à concevoir, c'est comment une personne, dans sa voiture lustrée, abritée d'un toit étanche, assis dans un siège confortable (peut-être même un siège vibromasseur), qui écoute du jazz en se faisant masser le dos, au chaud, et qui n'a qu'à incliner un peu son pied sur une pédale pour avancer peut oser klaxonner une cycliste qui dégoûte de jus de ciel, qui se fait avancer grâce à sa sueur, qui démontre bien plus de volonté que lui.      

Je préfère penser que je portais la cape d’invisibilité d’Harry Potter cette journée là. Je préfère croire que cette centaine d'automobilistes étaient vraiment pressés, que leur femme étaient tous en train d'accoucher ; l’explication du baby-boom subite est moins effrayante que la réalité. En fait, toutes les raisons du monde me feraient moins peur que l’individualisme.

Parfois, on tombe sur des gens qui ont encore le sens de la courtoisie et, pour de vrai, quand ça arrive, ça fait plus que du bien; c'est de l'espoir.

samedi 8 octobre 2011

Prologue

Ce blogue est un travail scolaire. Voyeurs pervers, commentateurs mesquins et autres chercheurs d'embrouille : passez votre chemin.