Je revenais du cégep à vélo : l’heure du trafic. Mon sac était rempli de devoirs pesants, j’étais surplombée de nuages tout autant lourds et la pluie s’entêtait à vouloir les décharger depuis une bonne heure. J’avais le ventre creux, le reste du corps mouillé, et le paté-chinois de maman était à plusieurs kilomètres encore. Bref, un temps où, de la courtoisie, ça ferait du bien!
Comme on nous dit de partager la route, mais que la route n’est pas toujours disposée de façon à être partagée, j’ai rencontré une drôle d’intersection où les lumières-piétonnes n’existaient pas et où il fallait compter sur la bonté des automobilistes pour réussir à traverser. Une drôle d’intersection que je n’ai plus trouvé drôle après cinq minutes stationnaires, d’imbibition, à gueuler que, de la courtoisie, ça ferait crissement du bien.
J’avais emprunté un chemin réservé à ceux qui ne possède pas d’altruisme.
Il faut croire que je ne faisais pas assez pitié et on se plaisait bien à m’ignorer, je n’ai donc eu d’autres choix que de m’imposer sur cette route dont on ne voulait décidément pas m’offrir une part. J’ai coupé, non pas en sauvage, mais de façon réfléchie et sécuritaire, une belle auto de l’année. Le conducteur a ouvert sa fenêtre et m’a crié :
Comme on nous dit de partager la route, mais que la route n’est pas toujours disposée de façon à être partagée, j’ai rencontré une drôle d’intersection où les lumières-piétonnes n’existaient pas et où il fallait compter sur la bonté des automobilistes pour réussir à traverser. Une drôle d’intersection que je n’ai plus trouvé drôle après cinq minutes stationnaires, d’imbibition, à gueuler que, de la courtoisie, ça ferait crissement du bien.
J’avais emprunté un chemin réservé à ceux qui ne possède pas d’altruisme.
Il faut croire que je ne faisais pas assez pitié et on se plaisait bien à m’ignorer, je n’ai donc eu d’autres choix que de m’imposer sur cette route dont on ne voulait décidément pas m’offrir une part. J’ai coupé, non pas en sauvage, mais de façon réfléchie et sécuritaire, une belle auto de l’année. Le conducteur a ouvert sa fenêtre et m’a crié :
« AH! Allez, traverse, pauvre petite fille! Va manger ton paté-chinois. Ah! Je suis quelqu’un de courtois, ça me fait tant de bien, et à toi aussi. Ah! Comme la courtoisie fait du bien! »
Non, ce n’est pas ce qui s’est passé.
Le conducteur m’a plutôt klaxonné.
Et ça, ça me bog.
Ce que je n'arrive vraiment pas à concevoir, c'est comment une personne, dans sa voiture lustrée, abritée d'un toit étanche, assis dans un siège confortable (peut-être même un siège vibromasseur), qui écoute du jazz en se faisant masser le dos, au chaud, et qui n'a qu'à incliner un peu son pied sur une pédale pour avancer peut oser klaxonner une cycliste qui dégoûte de jus de ciel, qui se fait avancer grâce à sa sueur, qui démontre bien plus de volonté que lui.
Je préfère penser que je portais la cape d’invisibilité d’Harry Potter cette journée là. Je préfère croire que cette centaine d'automobilistes étaient vraiment pressés, que leur femme étaient tous en train d'accoucher ; l’explication du baby-boom subite est moins effrayante que la réalité. En fait, toutes les raisons du monde me feraient moins peur que l’individualisme.
Parfois, on tombe sur des gens qui ont encore le sens de la courtoisie et, pour de vrai, quand ça arrive, ça fait plus que du bien; c'est de l'espoir.
Le conducteur m’a plutôt klaxonné.
Et ça, ça me bog.
Ce que je n'arrive vraiment pas à concevoir, c'est comment une personne, dans sa voiture lustrée, abritée d'un toit étanche, assis dans un siège confortable (peut-être même un siège vibromasseur), qui écoute du jazz en se faisant masser le dos, au chaud, et qui n'a qu'à incliner un peu son pied sur une pédale pour avancer peut oser klaxonner une cycliste qui dégoûte de jus de ciel, qui se fait avancer grâce à sa sueur, qui démontre bien plus de volonté que lui.
Je préfère penser que je portais la cape d’invisibilité d’Harry Potter cette journée là. Je préfère croire que cette centaine d'automobilistes étaient vraiment pressés, que leur femme étaient tous en train d'accoucher ; l’explication du baby-boom subite est moins effrayante que la réalité. En fait, toutes les raisons du monde me feraient moins peur que l’individualisme.
Parfois, on tombe sur des gens qui ont encore le sens de la courtoisie et, pour de vrai, quand ça arrive, ça fait plus que du bien; c'est de l'espoir.

À Québec, que tu sois un piéton, un cycliste ou même un conducteur, ta vie est automatiquement mise en danger par le manque de courtoisie flagrant sur la route.
RépondreSupprimerJe vais en Gaspésie tous les étés et j'y ai vécu pendant un bon moment, la différence quant au comportement routier est flagrant. En tant que piéton, si tu mets un seul pied dans la rue, toutes les voitures s'arrête pour te laisser passer. Et ils font ça s'en te faire un beau gros finger accompagné d'une ribambelle de jurons québécois. Ils le font simplement, parce que c'est naturel de laisser passer un piéton.
Ici, tu dois risquer ta vie à tout moment. La ville de Québec est malheureusement composée d'une majorité de gens "rage au volant".